On me fait parfois deux reproches : « Le Bouddha n’a jamais enseigné la magie » et « Il n’a jamais demandé à ses disciples de porter des amulettes ».
Sur ce point, je suis d’accord. Je ne vais pas inventer une parole du Bouddha pour défendre une tradition que j’aime. Porter une amulette n’est pas une condition pour suivre les enseignements du Bouddha, et aucune amulette ne remplace la pratique, l’attention ou la compassion.
Mais une autre question mérite d’être posée : l’histoire du bouddhisme s’est-elle arrêtée avec le Bouddha ?
Depuis environ 2 500 ans, ses enseignements ont traversé des pays, rencontré des cultures et été transmis par d’innombrables maîtres. De nouvelles façons de prier, de représenter, de méditer et de témoigner de sa foi se sont développées. Un thangka tibétain, un mantra ou une amulette thaïlandaise ne sont pas nécessairement des objets que le Bouddha historique aurait utilisés ou prescrits. Ils appartiennent pourtant à l’histoire vivante de communautés bouddhistes.
Par exemple le mot « mantra » n’apparaît même pas dans le Dhammapada.
Faut-il en conclure que les traditions bouddhistes qui pratiquent les mantras, notamment le Vajrayāna, ne sont pas bouddhistes ? Bien sûr que non. Le Dhammapada est un texte fondamental, mais il n’est pas l’inventaire de tout ce que les bouddhistes ont pratiqué et transmis au cours des siècles. Pourquoi appliquer aux amulettes un critère que l’on n’appliquerait pas aux mantras ?
Puisque le Bouddha a médité sous un arbre, je vois le Dharma comme un arbre, qui a poussé et prospéré au cours des siècles.
Au départ, il y a un pépin (le Bouddha et son enseignement). Puis viennent les racines, le tronc et les branches (la Sangha), les fleurs (les traditions bouddhistes) et les fruits (les Maîtres éveillés).
On peut croquer une pomme, en faire une tarte ou du cidre.
Personne ne prétend que le cidre se trouvait déjà dans le pépin sous forme de bouteille ! Pourtant, sans ce pépin et sans l’arbre qui a poussé, il n’existerait pas.
Il en va ainsi des traditions bouddhistes. Reconnaître leurs racines ne nous oblige pas à faire passer chaque branche pour une parole originale du Bouddha. Et reconnaître que certaines branches sont apparues plus tard ne signifie pas qu’elles n'ont pas poussé sur cet arbre.
Cela ne signifie pas non plus que tout ce qui se réclame du bouddhisme est bon. On peut discuter d’une pratique, critiquer une croyance ou refuser les promesses extravagantes. Les textes anciens eux-mêmes mettent des limites aux pratiques de divination ou de magie exercées par les moines. Le Bouddha a décrit la divination et la magie comme "des arts mineurs, inférieurs au Dharma". Il n'a pas dit que la divination et la magie étaient de mauvaises choses ou des "abominations", il a dit "des arts mineurs".
Un art mineur demeure un art n'est ce pas?
Cette discussion mérite mieux qu’un simple « le Bouddha historique ne l’a pas enseigné, donc cela n’existe pas dans le Bouddhisme ».
Quand je parle de « Magie du Bouddha », je parle de ces traditions, de ces objets et de la place qu’ils ont prise dans la vie de personnes et de temples, particulièrement en Thaïlande et au Tibet.
Je ne dis pas que posséder une amulette suffit à pratiquer le Dharma. Je dis simplement que, pour beaucoup de gens, elle peut être un lien tangible avec un maître, une bénédiction, une intention ou un enseignement.
On peut préférer revenir au pépin et le laisser se dessécher.
Pour ma part, j’aime aussi regarder l’arbre qui a poussé, ses fleurs et ses fruits.
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