Le Très Vénérable Luang Phor Toh Inthasuwanno du Wat Pradoo Chimplee
Le grand maître des amulettes Phra Pidta
Luang Phor Toh Inthasuwanno, également appelé Luang Phor Toe, Phra Ratchsangwarapimon ou พระราชสังวราภิมณฑ์ โต๊ะ อินฺทสุวณฺโณ, fut l’un des maîtres bouddhistes thaïlandais les plus respectés du XXe siècle. Abbé du Wat Pradu Chimphli, dans le quartier de Bangkok Yai à Thonburi, il reste particulièrement célèbre pour sa pratique rigoureuse de la méditation, sa compassion et les amulettes Phra Pidta consacrées sous son autorité.
Naissance et jeunesse
Luang Phor Toh naquit le 27 mars 1887 dans la province de Samut Songkhram, à l’ouest de Bangkok. Ses parents vivaient modestement de travaux agricoles.
Très jeune, il manifesta un profond intérêt pour le Dharma. Il aimait accompagner sa famille au temple, écouter les récitations des moines et mémoriser les prières bouddhistes. Après la disparition de sa mère, un moine de sa famille le conduisit au Wat Pradu Chimphli, où il fut confié à l’abbé du monastère.
À l’âge de 17 ans, il reçut l’ordination de novice. Il étudia le Dharma, la discipline monastique et les textes liturgiques, tout en pratiquant assidûment la méditation assise et la marche méditative.
Ordination et formation spirituelle
Le 16 juillet 1907, à l’âge de vingt ans, il fut pleinement ordonné moine et reçut le nom religieux d’Inthasuwanno, parfois transcrit Intasuwanno ou Indasuvanno.
Il se forma auprès de plusieurs maîtres réputés, notamment dans les domaines du samatha, méditation de tranquillité, et du vipassana, méditation de vision pénétrante. Il étudia également certaines traditions anciennes de consécration, de yantras et de récitations sacrées auprès de maîtres comme Luang Phor Rung du Wat Tha Krabue et Luang Phor Nong du Wat Khlong Madan.
Il a notamment reçu l’enseignement secret du célèbre Yant Trinisinghae, diagramme mystique traditionnellement associé à la protection et à la maîtrise des influences néfastes.
Les années de tudong
Luang Phor Toh entreprit plusieurs longues marches de tudong, forme d’ascèse itinérante pratiquée par les moines de forêt. Il parcourut différentes régions de Thaïlande, voyageant vers le nord, le nord-est et le sud du royaume.
Il séjourna dans des forêts isolées, dormant sous un simple parapluie monastique et méditant malgré la chaleur, les insectes et les animaux sauvages. L’un de ses pèlerinages le conduisit jusqu’aux quatre empreintes sacrées du Bouddha situées dans les montagnes de la province de Chiang Mai.
« Les hommes et les femmes naissent avec une nature précieuse puisqu’ils ont obtenu une existence humaine. Mais pour devenir véritablement nobles, ils doivent observer les préceptes, pratiquer le Dharma et développer les perfections. »
Cette parole résume son enseignement : la valeur d’un être humain ne dépend pas de sa simple naissance, de sa richesse ou de son rang, mais de sa conduite, de sa maîtrise intérieure et de sa capacité à développer la générosité, la moralité et la sagesse.
Abbé du Wat Pradu Chimphli
En 1913, alors qu’il n’avait que 26 ans, Luang Phor Toh fut nommé abbé du Wat Pradu Chimphli. Il conserva cette fonction pendant environ 68 années, développant le temple, enseignant la méditation et recevant des disciples venus de toutes les régions de Thaïlande.
Malgré sa réputation grandissante, il demeura connu pour sa simplicité. Les témoignages le décrivent comme un homme calme, doux et peu enclin à critiquer autrui. Il considérait que les erreurs d’une personne appartenaient à cette personne et qu’un moine devait avant tout cultiver la compassion et l’équanimité.
Les célèbres amulettes Phra Pidta

Luang Phor Toh est aujourd’hui indissociable de ses célèbres amulettes Phra Pidta. Cette posture symbolise la fermeture aux distractions, aux passions et aux influences négatives du monde extérieur.
Parmi ses créations les plus recherchées figurent les Phra Pidta Jumbo 1, Jumbo 2, Roon Plod Nee « libéré des dettes » et plusieurs séries consacrées à la prospérité. Dans la tradition thaïlandaise, ces amulettes sont particulièrement associées à la protection, à la chance, au commerce, au charme personnel et à l’élévation spirituelle.
Luang Phor Toh insistait cependant davantage sur la pratique du Dharma que sur les pouvoirs des objets. Pour lui, une amulette devait rappeler à son porteur de rester conscient, généreux et moral.
Anecdotes ésotériques
Le rêve de l’eau consacrée
Une tradition raconte qu’au cours d’une épidémie, Luang Phor Toh tomba lui-même gravement malade. Une nuit, il aurait vu en rêve la célèbre statue de Luang Phor Ban Laem lui apporter de l’eau bénite. À son réveil, il prépara une eau consacrée en suivant les indications reçues dans sa vision. Il se rétablit ensuite, événement que ses disciples interprétèrent comme une manifestation de sa connexion spirituelle avec la statue sacrée.
Le yantra fixé au plafond
Un autre récit oral affirme que Luang Phor Toh aurait un jour consacré un morceau de tissu portant un yantra, puis l’aurait projeté vers le plafond du temple. Le tissu serait resté mystérieusement fixé au-dessus de l’assemblée sans clou ni support visible. Cette histoire, encore racontée par certains fidèles, est considérée comme une démonstration symbolique de sa maîtrise méditative et de son itthi barami, son rayonnement spirituel.
De nombreux disciples lui attribuaient également une remarquable intuition. Il lui serait arrivé de connaître la raison de la visite d’une personne avant même que celle-ci ne parle, ou de déconseiller un voyage qui devait ensuite être marqué par un accident. Ces récits appartiennent à la tradition hagiographique entourant les grands maîtres thaïlandais.
Dernières années et héritage
Après plus de sept décennies de vie monastique, Luang Phor Toh s’éteignit paisiblement le 5 mars 1981, à 9 h 55. Il avait 93 ans et comptait 73 retraites monastiques.
Le roi Bhumibol Adulyadej accorda des honneurs royaux particuliers à ses funérailles. Sa dépouille fut placée dans une urne honorifique et les cérémonies royales se poursuivirent pendant plusieurs mois.
Aujourd’hui encore, le Wat Pradu Chimphli à Bangkok demeure un lieu de pèlerinage pour les fidèles, les pratiquants de méditation et les collectionneurs d’amulettes thaïlandaises. L’héritage de Luang Phor Toh ne réside toutefois pas seulement dans les précieux Phra Pidta portant son nom : il demeure avant tout celui d’un moine ayant consacré sa vie à la discipline, à la méditation et à la compassion envers tous les êtres.
