Luang Phor Kuay Chutintharo du Wat Kositharam : Biographie et amulettes Thai

Luang phor kuay du wat kositharam
Le Très Vénérable Luang Phor Kuay Chutintharo (1905 - 1979) 
du Wat Kositharam (Chainat).


Biographie du Très Vénérable Luang Phor Kuay Chutintharo

หลวงพ่อกวย ชุตินฺธโร Wat Kositharam, province de Chainat

1905-1979

Luang Phor Kuay, grand maître spirituel de Chainat

Luang Phor Kuay Chutintharo, également transcrit Luang Por Guay ou Luang Phor Kway, fut l’un des maîtres bouddhistes et experts en sciences traditionnelles les plus respectés du centre de la Thaïlande. Ancien abbé du Wat Kositharam, aussi appelé Wat Ban Khae, il demeure particulièrement vénéré dans le district de Sankhaburi, dans la province de Chainat.

Réputé pour sa grande austérité, ses vastes connaissances du Dharma, de la médecine traditionnelle, des alphabets sacrés khom et des pratiques de consécration, il consacra son existence à l’enseignement, au soin des malades et à la protection spirituelle de ses disciples.

Enfance et formation religieuse

Le futur Luang Phor Kuay naquit sous le nom de Kuay Pansorn le 2 novembre 1905, correspondant à l’année du Serpent dans le calendrier thaïlandais. Il vit le jour au village de Ban Khae, dans le sous-district de Bang Khut, district de Sankhaburi, province de Chainat.

Il était le plus jeune des cinq enfants de Nai Tui Pansorn et de Nang Tuan Daechma. Dès son enfance, ses parents le confièrent à Luang Pu Khuat, maître du Wat Ban Khae, afin qu’il y apprenne la lecture, l’écriture et les enseignements religieux.

Encore très jeune, il se montra capable de mémoriser les prières bouddhistes, de lire des passages du Dhammapada et d’étudier l’ancienne écriture khom utilisée dans les manuscrits religieux et les diagrammes sacrés. Après la disparition de son premier maître, il poursuivit cette formation auprès d’Ajarn Dam du Wat Hua Den.

Ordination et nom monastique Chutintharo

Luang Phor Kuay fut ordonné moine le 5 juillet 1924 au Wat Bot, dans le district de Sankhaburi. Il reçut le nom monastique Chutintharo, écrit en thaï ชุตินฺธโร.

Ce nom est traditionnellement interprété comme désignant celui qui s’efforce de se libérer des passions, des attachements et des souillures de l’esprit afin de progresser vers la délivrance.

Après son ordination, il retourna au Wat Ban Khae. Il y étudia notamment l’art de la prédication, les textes relatifs au Vessantara Jātaka, les chants religieux et les anciennes méthodes de récitation rythmée utilisées par les moines thaïlandais.

Médecine traditionnelle et sciences sacrées

Désireux d’aider concrètement la population rurale, Luang Phor Kuay étudia la médecine traditionnelle thaïlandaise, les plantes médicinales et les méthodes anciennes employées contre les fièvres, les épidémies et certaines affections de la peau.

Il voyagea également auprès de plusieurs maîtres réputés afin d’approfondir les sciences contemplatives, la récitation des katha, la fabrication des takrut, les inscriptions sacrées et les cérémonies de consécration appelées pluk sek. Plusieurs traditions le relient notamment à Luang Phor Si, Luang Phor Im, Luang Phor Derm et à différents maîtres du centre et du nord de la Thaïlande.

Il devint aussi célèbre pour ses sak yant, tatouages sacrés accompagnés de prières et de règles de conduite. Les villageois venaient parfois de régions éloignées afin de recevoir l’un de ses tatouages ou une bénédiction protectrice.

Abbé du Wat Kositharam

Luang phor kuay wat kositharam

Le 1er septembre 1948, Luang Phor Kuay fut choisi comme abbé du Wat Ban Khae, devenu aujourd’hui le Wat Kositharam. Il conserva cependant une vie extrêmement simple et refusa généralement le luxe qui aurait pu accompagner sa réputation.

Constatant la pauvreté des habitants de la région, il décida de ne prendre qu’un seul repas quotidien. Cette discipline lui permettait de partager davantage les offrandes du monastère avec les personnes dans le besoin. Sa demeure monastique resta modeste et fut en grande partie construite avec l’aide des villageois.

Luang Phor Kuay était connu pour son caractère réservé et parfois sévère, mais aussi pour sa compassion envers les pauvres, les malades et les personnes privées de soutien. Il enseignait que les connaissances sacrées ne devaient pas être utilisées par vanité ou pour nuire, mais uniquement pour servir le temple et soulager les êtres.

Les amulettes de Luang Phor Kuay

Les amulettes et objets rituels associés à Luang Phor Kuay comptent aujourd’hui parmi les plus recherchés de Thaïlande. Il créa ou consacra notamment des représentations de Bouddha, des médailles à son effigie, des Phra Somdej, des Phra Khun Paen, des takrut, des couteaux rituels meedh Moh et différents talismans.

Dans la tradition populaire thaïlandaise, ses créations sont particulièrement associées à la protection contre les accidents et les agressions, à l’invulnérabilité symbolique, à la bonne fortune, au commerce, au charisme et à la bienveillance d’autrui.

Les disciples racontaient que ses consécrations pouvaient se prolonger plusieurs jours et être répétées à différentes heures, notamment à l’aube, à midi, au crépuscule et pendant la nuit. Cette exigence contribua à la réputation spirituelle exceptionnelle de ses objets sacrés.

Le manuscrit protégé par les esprits

Une ancienne histoire rapporte qu’un moine nommé Phra Chaem découvrit un manuscrit traditionnel dissimulé près d’un arbre, mais qu’il ne parvenait pas à l’emporter. Des fleurs, des bougies et de l’encens disposés autour du livre suggéraient qu’il était placé sous la protection d’anciens maîtres ou d’entités gardiennes.

Luang Phor Kuay aurait alors allumé de l’encens et demandé la permission de préserver les enseignements contenus dans le manuscrit. Les premiers bâtonnets se seraient éteints avant d’être entièrement consumés.

Il renouvela alors sa demande en promettant de n’employer ces connaissances que pour aider le temple et les êtres vivants. Selon le récit, les trois bâtonnets brûlèrent cette fois entièrement. Après avoir dédié des mérites au maître inconnu du manuscrit et à ses gardiens, il put rapporter le texte au monastère.

Les tatouages que les balles ne pouvaient traverser

À partir des années 1940, la réputation des sak yant de Luang Phor Kuay se répandit rapidement dans la région de Chainat. Des disciples affirmaient avoir survécu à des tirs, certains racontant que l’arme de leur agresseur s’était enrayée ou que le projectile n’avait pas pénétré leur peau.

Ces témoignages attirèrent au Wat Ban Khae une foule si importante que le maître finit par réduire puis abandonner progressivement la pratique du tatouage. Il aurait déclaré avec humour que, s’il avait continué à tatouer autant de visiteurs, il aurait malgré les montants d'offrandes très modestes pu couvrir le toit de sa cellule avec les billets reçus.

Une disparition annoncée

La fin de la vie de Luang Phor Kuay est elle aussi entourée d’un récit considéré comme particulièrement mystérieux par ses disciples. Peu avant sa disparition, le maître aurait inscrit dans son calendrier la période de sa dernière maladie ainsi que l’heure à laquelle il pensait mourir.

Durant ses derniers jours, malgré son extrême faiblesse, il continua d’inscrire des talismans et de consacrer des objets destinés à ses disciples. Le matin de sa mort, il ouvrit une dernière fois les yeux, joignit les mains et s’éteignit paisiblement.

Au même instant, selon les témoins présents, la cloche du temple se détacha soudainement et tomba sur le sol en résonnant dans tout le monastère. Luang Phor Kuay mourut le 12 avril 1979, à l’âge de 73 ans selon le calcul occidental révolu, ou 74 ans selon la manière thaïlandaise traditionnelle de compter l’âge.

Chaque année, le 12 avril, ses disciples se réunissent au Wat Kositharam afin de lui rendre hommage et d’accomplir des actes méritoires en sa mémoire.

Citation attribuée à Luang Phor Kuay

« Puissent tous mes disciples ne jamais manquer de nourriture, ne jamais souffrir du besoin, ne jamais connaître la misère, ne jamais être inférieurs aux autres et ne jamais être plus pauvres qu’eux. »

Cette bénédiction, connue en thaï sous la formule “ขอศิษย์ทั้งหลาย จงอย่าอด อย่าอยาก อย่ายาก อย่าจน อย่าต่ำกว่าคน อย่าจนกว่าเขา”, exprime la profonde préoccupation de Luang Phor Kuay pour les conditions de vie de ses disciples.

Héritage spirituel au Wat Kositharam

Plusieurs décennies après sa disparition, Luang Phor Kuay Chutintharo reste l’une des grandes figures spirituelles de la province de Chainat. Son portrait est présent dans de nombreux foyers, commerces et véhicules thaïlandais, tandis que le Wat Kositharam demeure un lieu majeur de pèlerinage.

Son héritage ne se limite pas aux amulettes qui portent son nom. Il repose également sur une conception exigeante de la vie monastique, fondée sur la discipline, la simplicité, la transmission des savoirs anciens et l’obligation morale d’utiliser toute connaissance au bénéfice des autres.

Pour ses disciples, Luang Phor Kuay demeure un maître protecteur dont la présence spirituelle continue de se manifester auprès de ceux qui l’invoquent avec respect, générosité et sincérité.



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