Amulette ou simple pendentif ?

Amulette ou simple pendentif ?

Amulette ou simple pendentif ? 

Comparaison amulettes

Posez deux petits pendentifs sur une table.

Le premier représente peut-être une rune, un pentacle ou un symbole ésotérique.
Le second est une amulette bouddhiste provenant d'un temple thaïlandais.

À première vue, rien ne permet forcément à une personne qui ne connaît pas ces objets de considérer l'un comme fondamentalement différent de l'autre. Tous deux peuvent être proposés sous le nom d'« amulette », de « talisman » ou de « pendentif de protection ».

Pourtant, derrière ces deux objets se cache une réalité totalement différente.

L'un est un objet industriel fabriqué par milliers et auquel un discours spirituel a été ajouté au moment de sa commercialisation. L'autre est l'aboutissement d'une tradition religieuse, de matières soigneusement sélectionnées et d'une consécration accomplie par un ou plusieurs maîtres héritiers de savoirs séculaires.

La différence n'est donc pas nécessairement dans ce que l'on voit.

Elle est dans l'histoire de l'objet.

Un symbole ancien ne fait pas forcément une amulette authentique

amulettes new age

Il faut commencer par éviter une confusion.

Les runes sont anciennes. Les pentacles possèdent également une longue histoire dans différentes traditions occidentales. De nombreux symboles que l'on retrouve aujourd'hui dans les boutiques ésotériques ne sont absolument pas des inventions modernes.

Mais l'ancienneté d'un symbole ne nous renseigne pas sur l'histoire de l'objet qui le porte.

Une rune peut être reproduite aujourd'hui sur un pendentif en acier fabriqué industriellement en chine à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Un pentacle peut sortir exactement de la même chaîne de production qu'un pendentif représentant un dragon, pikachu ou un signe astrologique.

Le symbole possède une histoire.

Le pendentif industriel, lui, n'en possède pas.

C'est une distinction essentielle lorsque l'on parle d'amulettes.

Quand l'objet spirituel devient un produit industriel

Une grande partie des objets présentés aujourd'hui comme des amulettes, talismans ou bijoux énergétiques sont fabriqués exactement comme n'importe quel autre accessoire de mode.

Un dessin est créé ou repris, un moule est réalisé et des milliers d'exemplaires sont produits.

L'ouvrier chargé de leur fabrication n'est évidemment pas en cause. Il réalise simplement son travail. Mais rien, dans le processus industriel lui-même, ne distingue cet objet d'un porte-clés ou d'un décapsuleur fabriqué dans la même usine.

Il n'y a pas de maître spirituel.

Il n'y a pas de rituel.

Il n'y a pas de consécration.

Et il n'existe même souvent aucune tradition précise expliquant pourquoi cet objet particulier aurait les propriétés qu'on lui attribue. 

Le discours spirituel intervient seulement au moment de sa commercialisation.

Le cas particulier des orgonites

Les orgonites constituent un exemple intéressant de cette évolution moderne de l'objet dit « énergétique ».

Elles sont généralement constituées de résine dans laquelle sont incorporés des copeaux métalliques, des cristaux, des pierres ou différents éléments décoratifs.

Leur esthétique peut être très réussie et certaines sont incontestablement de beaux objets.

Mais les nombreuses propriétés parfois attribuées aux orgonites, telles que la purification d'un lieu, la neutralisation des ondes électromagnétiques, la transformation des énergies négatives ou même la destruction des chemtrails, relèvent d'un ensemble de croyances New Age très récentes, sans véritable tradition ancienne derrière l'objet lui-même.

Il faut également distinguer les travaux historiques de Wilhelm Reich sur ce qu'il appelait « l'orgone » des orgonites modernes vendues aujourd'hui. Les deux sont fréquemment associés dans le discours New Age, alors que l'objet en résine, métal et cristaux commercialisé sous le nom d'orgonite est une création beaucoup plus récente.

Cela ne signifie pas qu'une personne n'a pas le droit d'apprécier ces objets ou de leur attribuer une valeur symbolique personnelle. Même moi je trouve certaines orgonites décoratives.

Cela signifie simplement qu'il faut savoir ce que l'on achète et d'où vient la tradition revendiquée.

L'amulette thaïlandaise traditionnelle : une autre logique

Une amulette thaïlandaise traditionnelle ne se définit pas uniquement par sa forme.

Elle appartient à un contexte religieux et culturel.

Certaines amulettes sont produites dans des temples bouddhistes. D'autres sont associées à un moine particulièrement respecté, à un maître de tradition ou à une lignée précise. Certaines séries sont créées pour financer la restauration d'un temple, la construction d'un bâtiment monastique ou une œuvre charitable.

Le processus peut commencer bien avant la fabrication de l'objet. Parfois des vénérables collectent des substances sacrées pendant des années avant de fabriquer une amulette avec.

Des matières rares sont réunies et préparées. Une formule particulière peut être utilisée. Des inscriptions sacrées peuvent être réalisées. Les amulettes sont ensuite consacrées au cours de longues cérémonies comportant notamment récitations et méditations.

Selon les traditions et les objets, cette préparation peut demander beaucoup de temps.

L'amulette n'est donc pas simplement un support sur lequel on a reproduit un symbole religieux.

Elle est le résultat d'un processus sacré.

Des matières qui possèdent elles-mêmes une histoire

C'est probablement l'une des différences les moins visibles pour quelqu'un découvrant les amulettes thaïlandaises.

Une petite amulette apparemment constituée d'une simple matière beige peut contenir un mélange extrêmement complexe.

Selon les époques, les temples, les maîtres et les traditions, on peut notamment rencontrer des poudres préparées rituellement, des plantes, des terres provenant de lieux particuliers, des cendres d'encens, des fragments d'anciennes amulettes, des feuilles portant des inscriptions sacrées, des huiles ou différents métaux.

Certaines amulettes particulières peuvent également incorporer des reliques ou des matières considérées comme exceptionnellement sacrées.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les amulettes thaïlandaises contiennent des substances rares ou des reliques. Ce serait faux.

Chaque série possède son histoire et sa composition.

C'est précisément cette traçabilité traditionnelle qui présente un intérêt : connaître le maître, le temple, la période, les matières utilisées et les circonstances de la fabrication permet de replacer l'objet dans son contexte.

Le moine ne fabrique pas nécessairement chaque amulette de ses propres mains

Une autre idée reçue mérite d'être corrigée.

Une amulette consacrée par un grand maître n'a pas nécessairement été physiquement moulée, frappée ou pressée par celui-ci.

Lorsqu'un temple produit plusieurs milliers d'amulettes, des assistants, des disciples ou parfois des ateliers spécialisés peuvent naturellement participer à leur fabrication.

Cela ne retire pas automatiquement à l'objet son caractère traditionnel.

Ce qui importe est l'ensemble du processus : l'origine du projet, la recette employée lorsqu'il s'agit d'une amulette en poudre, les matières, le maître ou le temple qui en assume la réalisation et, surtout, la consécration qui lui donnera sa place dans la tradition.

Confondre fabrication matérielle et consécration reviendrait à considérer qu'un objet religieux doit nécessairement avoir été façonné personnellement par celui qui le bénit.

Ce n'est généralement pas ainsi que fonctionnent les traditions religieuses.

La consécration : l'étape invisible

Voici peut-être la différence fondamentale.

Une véritable amulette traditionnelle thaïlandaise est normalement liée à une consécration.

Selon les écoles, les maîtres et le type d'objet, celle-ci peut prendre des formes différentes. Elle peut comporter des récitations de textes ou de khata, des pratiques méditatives et différents rites transmis au sein d'une tradition.

Certaines grandes séries sont consacrées collectivement par plusieurs moines.

D'autres sont associées presque exclusivement à un maître particulier.

Rien de tout cela n'est visible lorsque l'on regarde simplement l'objet posé dans une vitrine.

Et pourtant, pour celui qui s'intéresse à la tradition dont provient l'amulette, c'est justement l'essentiel.

Un objet peut acquérir une valeur personnelle

Il faut néanmoins introduire une nuance importante.

Un pendentif industriel peut parfaitement avoir une immense valeur pour celui qui le porte.

Un bijou offert par une personne aimée, un symbole associé à un événement important ou même un objet trouvé par hasard peut devenir un véritable talisman personnel.

Cette valeur est parfaitement réelle sur le plan émotionnel et symbolique.

Mais elle vient alors de la personne et de l'histoire qu'elle construit avec l'objet.

C'est différent d'un objet qui possède déjà, avant son acquisition, une histoire religieuse ou traditionnelle identifiable.

Ces deux formes de valeur peuvent exister.

Elles ne doivent simplement pas être confondues.

Posez une question très simple : quelle est l'histoire de cet objet ?

Lorsqu'un objet vous est présenté comme une amulette « énergétique », « sacrée », « protectrice » ou « chargée », quelques questions simples peuvent être particulièrement instructives.

Qui l'a fabriqué ?

Quand ?

Selon quelle tradition ?

Qui l'a consacré ?

Existe-t-il un maître, un temple ou une lignée identifiable ?

Les matières utilisées ont-elles une signification particulière ?

La pratique revendiquée possède-t-elle une histoire documentée ou le discours qui l'accompagne est-il apparu récemment avec la commercialisation de l'objet ?

Il ne s'agit pas de décider quelle croyance serait supérieure à une autre.

Il s'agit simplement de distinguer la tradition et le marketing.

Deux objets, deux histoires

Revenons finalement aux deux pendentifs posés sur notre table.

Ils sont petits. Ils peuvent être beaux tous les deux. Tous deux peuvent être portés autour du cou et tous deux peuvent être vendus sous l'appellation d'« amulette ».

Pourtant, l'un peut avoir quitté une usine quelques semaines auparavant avant d'être placé dans un emballage accompagné d'une description lui attribuant différentes propriétés.

L'autre peut provenir d'un temple, être associé à un maître identifié, avoir été réalisé à partir de matières choisies selon une tradition particulière puis avoir participé à une cérémonie de consécration.

On peut croire à leurs vertus spirituelles.

On peut ne pas y croire.

Cette question appartient à chacun.

Mais indépendamment de la croyance, ces deux objets ne racontent objectivement pas la même histoire.

Et lorsqu'on souhaite acquérir une véritable amulette traditionnelle, c'est probablement la première chose qu'il faut apprendre à rechercher.

Car un symbole peut être reproduit à l'infini par une usine.
Une tradition magique elle, ne reste vivante que grâce au travail des initiés.

Partager cet article...

Publication précédente Publication suivante

Commentaires

Laisser un commentaire